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Lettre aux candidats à la présidentielle

Madame, Monsieur

La résistance des bactéries aux antibiotiques est un très grave problème de santé publique, impliquant l’ensemble de la population. Une étude récente de l’Institut National de Veille Sanitaire montre qu’en France, 158 000 malades sont victimes annuellement d’une infection liée à des bactéries multi-résistantes, et que 12. 500 d’entre eux en meurent. Sept cent mille personnes décéderaient dans le monde de cette pathologie chaque année. Une simulation effectuée par la Rand Corporation estime à 10 millions le nombre annuel de décès en 2050 si rien n’est fait pour lutter contre ce fléau. Le cout de la résistance aux antibiotiques est considérable.

 

 

La résistance aux antibiotiques est essentiellement liée à une surconsommation de ceux-ci. Malgré plusieurs plans nationaux la France reste parmi les plus gros consommateurs en Europe ( trois fois plus que la Hollande et les pays Scandinaves).

Il existe d’autres phénomènes qui expliquent cette résistance. L’un d’entre eux est l’importation en provenance de nombreux pays de bactéries hautement résistantes, voire résistantes à tous les antibiotiques. Les pays les plus atteints sont l’Italie, la Grèce, l’Inde, la Chine, les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Enfin, un phénomène très important est la contamination de l’environnement qui est importante, et de mieux en mieux étudiée. Ainsi, le concept de développement durable s’applique parfaitement aux antibiotiques. Les antibiotiques sont donc un trésor dont l’efficacité doit être préservée.

La résistance des bactéries aux antibiotiques a été en très forte croissance ces dernières années. Très peu d’antibiotiques ont été développés ces deux dernières décennies, et très peu sont anticipés dans un avenir proche. Le risque de ne plus disposer d’antibiotiques efficaces est réel. Les conséquences en terme de santé publique seraient bien évidemment incalculables. En particulier, des actes médicaux considérés actuellement comme banaux (chirurgie lourde, transplantations d’organes, traitements immunosuppresseurs, séjours en réanimation et en néonatologie) deviendraient impossibles car trop à risque. De nombreux échecs surviennent d’ores et déjà, et des pathologies jusque-là faciles à traiter par des antibiotiques oraux, comme les infections urinaires nécessitent maintenant une forme intraveineuse, et donc une hospitalisation. Aussi, plusieurs pays ont considéré que ce problème était désormais une priorité nationale. Par exemple, le Président Barack Obama et le Premier Ministre David Cameron ont pris des positions très fermes sur cette problématique, en libérant des budgets très importants pour les années à venir. L’Organisation Mondiale de la Santé a mis en place une vaste campagne internationale appelant tous les pays à réagir et à installer des plans nationaux vigoureux. Le G20 et le G7 ont placé l’antibiorésistance comme une priorité de santé publique. Le problème a également été discuté lors d’une réunion récente aux Nations Unies.

Madame la Ministre de la Santé a mis en place, en janvier 2015, un groupe de travail spécialement dédié à la préservation des antibiotiques. J’ai eu l’honneur de présider ce groupe. Le 23 septembre 2015, nous avons remis notre rapport à Madame la Ministre. Parmi les 4 mesures les plus importantes de ce rapport figurait le très vif espoir que la résistance aux antibiotiques puisse être retenue comme Grande Cause Nationale pour 2016.Ce n’a pas été le cas en 2016, et 2017.

Le Comité Interministériel pour la Santé ( structure créée en 2014) s’est saisi de thème de l’antibiorésistance et a travaillé pendant 14 mois pour proposer une feuille de route, présentée en novembre 2016 par la ministre de la santé. Malheureusement, ni Mr Valls ( qui préside le CIS), ni le président Hollande, à l’inverse de Mr Obama et Mr Cameron, n’ont cru bon de communiquer sur ce fléau. C’est vraiment très dommage.

Nous avons créé il y a un an une coalition composée de huit  associations à but non lucratif, type Loi 1901 ( dont une association d’usagers) : l’Alliance Contre le développement des Bactéries Multi-Résistantes (ACdeBMR) ; Lutte, Information, Etude des Infections Nosocomiales et Sécurité Sanitaire (LIEN) ; la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF) ; la Société Française de Microbiologie (SFM) ; la Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H)  l’Observatoire National de l’Epidémiologie de la Résistance Bactérienne (ONERBA), l’Insitut Maurice Rapin,  l’Institut Pasteur, la Fondation Mérieux. Cette coalition s’appelle : « Coalition contre l’antibiorésistance : ensemble sauvons les antibiotiques ». Ces associations représentent plus de 10000  personnes et sont les forces vives dans le domaine de l’infectiologie, de la microbiologie, et de la résistance aux antibiotiques.

Nous souhaitons attirer votre attention sur ce problème majeur de santé publique et espérons vivement que vous le considérerez dans votre programme pour les élections présidentielles

En voulant croire que vous serez attentif à notre message, recevez, Madame, Monsieur, nos salutations distinguées

Docteur Jean CARLET

Président de l’Alliance Contre le développement

des Bactéries Multi-Résistantes (ACdeBMR), pour

La coalition contre l’antibiorésistance « Ensemble

Sauvons les Antibiotiques » 

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